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La Susanna, Alessandro Stradella (1666 ou 1681)

Le Parlement de musique

La Susanna, Alessandro Stradella (1666 ou 1681)

Oratorio pour 2 sopranos, alto, ténor et basse (avec Judith Perret, Virginie Thomas, Alice Habellion, Artavsad Sargsyan et Olivier Dejean)
Formation orchestrale : 2 violons, violoncelle et violone, orgue, clavecin et harpe
Direction : Martin Gester

L’Histoire de Suzanne à l’époque de #metoo
Aujourd’hui plus que jamais, l’histoire de Susanne est un thème actuel. A l’époque de #metoo, elle prend une résonance nouvelle et Martin Gester, dont ce n’est pas la première réalisation dans le genre – on se souvient bien de l’enregistrement de La Giuditta ou
Histoire de Judith d’Alessandro Scarlatti (enregistrement pour Ambronnay Editions) – aborde cet autre chef d’oeuvre peu connu (encore moins que l’oratorio, pas souvent donné non plus, de Haendel) avec une fraîcheur nouvelle, avec une nouvelle génération de voix, avec un ensemble instrumental à la fois expérimenté et renouvelé.

On connaît l’histoire : Suzanne, prenant son bain, est observée et convoitée par deux vieillards qui s’avèrent être les juges de la cité. Ne cédant pas à leurs avances et s’en plaignant, elle se voit elle-même accusée de mensonge et sur le point d’être condamnée à
mort. Mais grâce à l’intervention d’un témoin inattendu en la personne du jeune Daniel qui révèle la vérité, Suzanne est graciée, les vieillards et juges sont confondus et la Justice triomphe.
Des interrogations subsistent quant à la date de création de l’oeuvre : 1666 ou 1681 ?
La mention de 1666 a été portée sur un document contenant la liste des oeuvres du compositeur, établie par son neveu lorsqu’il céda son oeuvre au duc de Modène. Une représentation de 1681, d’autre part, dont nous avons le manuscrit contenant date et
dédicace au duc de Modène, laisserait à penser que l’oeuvre est plus tardive, d’autant plus que le librettiste est Giovanni Battista Giardini, un poète de Modène dont on se demande pourquoi on l’aurait choisi depuis Rome où oeuvrait Stradella au service de Christine de Suède. Mais rien ne permet d’affirmer que ce poète n’ait pas été recommandé dans les cercles romains, d’autant plus que dans sa dédicace au Prince de Modène pour la représentation de 1681, il ne fait aucune mention d’une précédente exécution, ni
de la première dédicataire supposée.
Il n’est donc pas possible d’être sûr de la date de création de l’ouvrage. Il faut alors se référer aux éléments stylistiques. Mais là aussi, il est difficile de trouver des indices réellement convaincants de la datation. D’une part, la présence d’un Testo, un narrateur,
est un procédé plutôt ancien (cf. Carissimi) qui disparaît progressivement dans les dernières décennies du XVIIe siècle. Mais l’usage intensif que fait Stradella dans l’utilisation des basses obstinées, la manière dont il en use incite à penser qu’il s’agit d’une oeuvre plutôt tardive. De même, la manière souple dont s’enchaînent des récits et les airs, avec des passages en arioso intermédiaire, s’inscrit dans une évolution en direction de la manière d’Alessandro Scarlatti. Dans le même temps, les formes et les genres des airs sont variés, à la fois puisant dans le passé et regardant vers l’avenir. Les ensembles s’inspirent de l’écriture du madrigal mais ont l’efficacité de choeurs dramatiques. Leur rôle est, en relation avec le narrateur, de commenter l’action, d’énoncer des vérités ou des sentences morales, de célébrer des moments importants comme la fin des actes. Le duo des vieillards
accusateurs est un moment de grande efficacité théâtrale, comme l’est le trio de Suzanne triomphante suite à l’intervention de Daniel, et des mêmes vieillards vaincus et déconfits.

L‘orchestre, légèrement fourni (2 violons, basses et basses continues où nous employons harpe, orgue et clavecin), a un rôle essentiel d’introduction des scènes et des airs (ouverture très développée), d‘articulation des parties, de commentaire, de célébration, seul et comme partenaire du choeur.
Ce n’est pas le moindre des attraits de l’oeuvre que de se situer, comme c’est le cas aussi des oratorios sur l’histoire de Judith, par exemple La Giuditta d’Alessandro Scarlatti, à mi-chemin entre l‘opéra et l’oratorio.
Le premier acte met en scène la séduction de Suzanne, le complot des vieillards, leurs accusations et la détresse de Suzanne. À ce titre, elle tient de la scène érotique et du complot comme bien des opéras de l’époque. Cet aspect trouve son pendant dans la deuxième partie par le nécessaire débat moral et par l’intervention de Daniel, en quelque sorte le bras de la Vérité et de la Justice, de Dieu.

Infos

Repertoire

Baroque

Genre

Vocal et instrumental

Nombre d'artiste sur scène

12

Caractéristiques

entre l'oratorio et l'opéra

Commentaires

Création octobre 2021 pour les Festivals de Lanvellec et de Ribeauvillé

Décors

Non

Dates de concerts

Festival de Ribeauvillé, 10 octobre 2021 et Festival de Lanvellec, 15 octobre 2021