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François Couperin : Le Portrait de l’Amour, concert dansé

Le Parlement de musique

François Couperin : Le Portrait de l'Amour, concert dansé

Depuis un temps déjà, le Parlement de Musique a le souci de rendre plus vivantes les musiques du passé non seulement dans la manière dont elles sont jouées, mais en les restituant dans leur contexte et en relation avec les disciplines contemporaines, limitrophes et complémentaires.
La danse, tout particulièrement, est au centre de la musique baroque française, ce par quoi elle brille sur toute l’Europe (n’a-t-on pas, pour inaugurer le théâtre de Sans-Souci à Potsdam, fait venir des musiciens allemands, des chanteurs italiens et… des danseurs français ?).

Les recueils de danses des Nations de François Couperin veulent être un miroir de l’art français le plus excellent. Mais présentées en intégralité, elles perdent, comme le dit si bien Georges Muffat « la force de leur expression », l’excellence de leur si belle diversité, et finissent par lasser. La mise en regard des Sonades à l’Italienne, plus imprévisibles – mais quand même très françaises dans leur langage – est un beau miroir. Meilleure encore est l’opposition au Folies Françoises où Couperin s’inscrit malicieusement dans une tradition méridionale (las Folias españolas) mais en en faisant de ravissants tableaux de caractères, un répertoire amusant des divers états de l’Amour comme en un jeu de salon digne de Molière ou de Marivaux. Car c’est ainsi que ce compositeur, si soucieux de la qualité de la communication (dirions-nous) de l’interprète avec son public, comble ses auditeurs : aussi peu prévisible en concert, soucieux de plaire, qu’il est ordonné en ses publications.

Nous nous proposons donc de rendre séduisant et même passionnant le plus distingué de nos compositeurs de musique instrumentale. Le relief que suscite la danse, la narration qu’apporte la diversité des caractères tout droits venus du théâtre, la mise en perspective de la diversité des formes est une expérience passionnante.
Au cours d’une première partie, Le Portrait de l’Amour, moment heureux si ce n’est souvent joyeux, trouve, dans la partie La Visionnaire (nom de la première version de la Sonade L’Espagnole) son complément dans l’ombre, le mystère et parfois l’âpre noirceur du Couperin des Leçons de Ténèbres, et sa proximité avec le monde de la tragédie de Racine. Mais avec l’élégance, la distinction qui sont la marque du compositeur.
Cette partie a aussi été l’un des thèmes élaborés durant les différentes phases du confinement de l’année 2020. Etranges et sombres visions, mais qui voyaient la lumière poindre au lointain de l’année 2021…
Martin Gester

Note du chorégraphe
« Le Portrait de l’Amour », sur un programme éclectique du compositeur virtuose François Couperin, est, avant tout une invitation à la rêverie, un moment onirique, où la musique et la danse,- la danse et la musique – s’unissent pour le plus grand plaisir des spectateurs.
Tout dans les compositions de François Couperin est « danse » : les titres de ses oeuvres, « La Superbe » , « Les Folies Françaises » etc…, mais il faut aussi garder à l’esprit qu’au tournant du XVIIème et du XVIIIème siècles, la danse faisait partie intégrante de la vie curiale, elle était présente à toute occasion.
Couperin, connu pour être peu mondain, nous mène pourtant sur des chemins de traverses, notamment dans ses fameuses « Folies Françaises » où sur une déclinaison de mesures à trois temps, il caractérise si merveilleusement les différents « portraits de l’amour » : la virginité, la fidélité, l’ardeur, la langueur etc… qui de mieux qu’un Arlequin facétieux et légèrement insolant pour donner vie à ses sentiments humains universels !
En tant que chorégraphe, j’aime à souligner, par la danse, les intentions sous-jacentes ressenties à l’écoute de la musique.
Pour la sonate « La superbe », une impression de modernité fut ma première image : deux danseurs qui répètent, encore et encore, pour améliorer leur interprétation. J’ai souhaité mettre en valeur les corps, en relation directe avec la musique. Un jeu de miroirs vient ponctuer cette sonate, telle une déformation volontaire du travail des danseurs.
Enfin, dans les extraits de la sonate « Les Nations », deux moments virtuoses servent de vitrine à la belle-dance, revisitée au XXIème siècle : une chaconne ou passacaille, solo pour une femme, permet à la danseuse de faire montre de tout son éventail d’interprète, dans un voyage chorégraphique expressif et à la dramaturgie élaborée. Enfin, une Allemande complexe donne à voir un duo, où la rencontre des deux danseurs se fait impromptue, jamais telle qu’on l’imagine, de façon furtive et délicate.
« Le Portrait de l’Amour » est une image de la vie, avec ses joies, ses rencontres, ses émotions, ses tensions. Sans jamais devenir narratif, l’abstraction au contraire m’a permis de jouer avec tous ces affects, de dénouer l’écheveau des relations humaines, qui par le mouvement s’emmêlent et se démêlent au gré de la musique !
Pierre-François Dollé

1e partie : La Visionnaire
• Sonade L’Espagnole ou La Visionnaire
• J.F. Rebel : Tombeau de Monsieur de Lully
• du 3e Ordre de pièces de clavecin : Allemande La Ténébreuse*
• Suite L’Espagnole (des Nations) : Courante, Sarabande La Lugubre (clavecin)*, Gigue – Passacaille
2de partie : Le Portrait de l’Amour
• Sonade La Superbe
• Les Folies Françaises (clavecin & Arlequin)
• Suite La Française (des Nations) : Allemande, Courantes 1 & 2, Sarabande, Passacaille, Gavotte

Avec Martin Gester, clavecin et direction
Stéphanie Pfister et Florence Stroesser, violons,
Claire Gautrot, violone

Pierre-François Dollé, chorégraphie et danse, et Gudrun Skamletz, danse

Infos

Repertoire

Baroque

Genre

Instrumental

Nombre d'artiste sur scène

6

Caractéristiques

pluridisciplinaire

Pluridisciplines

Danse

Commentaires

La seconde partie du programme a fait l'objet d'une captation et peut donc être visionnée intégralement.

Décors

Non

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